Encre toi ça dans le crâne

Je me souviens encore comme si c’était hier d’une conversation animée avec un ex petit-ami à propos de ses velléités de tatouages. D’un naturel pourtant ouvert d’esprit, l’idée me rebutait alors au point de m’amener à me chamailler avec le jeune homme en question à propos d’un projet qui visait pourtant à orner… son propre corps.

Quelques années plus tard, mes sentiments sur la question ont radicalement évolué au point que j’envisage très sérieusement de passer moi-même à l’action. Ai-je changé si profondément ? Suis-je influencée par la démocratisation du tatouage ? Par ces « street tattoo » filmés et diffusés chaque semaine par Madmoizelle.com ? Par ces images d’œuvres toutes plus mignonnes, artistiques et féminines les unes que les autres bombardées sur ces boards pinterest trendy que j’affectionne à mes secondes perdues, entre deux autres clics frénétiques ? Certaines lisent Grazia, moi j’épingle des pixels, c’est moins cruel que les ailes de papillons. Entre la recette de frozen margarita à la bille de melon bio et la lampe écureuil DYI en papier mâché, j’amasse les coulées d’encre, les tracés délicats, les formes géométriques et les inspirations fumeuses.

 

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Sleeve of Feathers by Peter Walrus

 

 

Est-ce mon côté alternatif plus ou moins caché, cet amour du desert rock, du metal et du jeux vidéo que peu devinent au premier regard qui cherche à s’exprimer enfin ?

Pour moi qui n’ai jamais vraiment ressemblé à mon propre cliché, qui n’ai jamais affiché physiquement les signes distinctifs d’aucune des tribus autour desquelles je gravite, que représente un tatouage ? Le fait qu’il devienne « mainstream » et moins connoté me permet paradoxalement de me détendre vis-à-vis de cet acte d’expression artistique. Loin d’être une spécialiste de la question, je pense en effet savoir que certaines personnes se font ou se faisaient tatouer afin d’afficher physiquement leur appartenance à certains groupes sociaux, religieux, ethniques ou culturels. Du chaman au biker en passant par le rocker roadie, barbe façon ZZ Top, certains arborent leurs tatouages comme un message fort et clair de la tribu à laquelle ils s’identifient.

Enfant de l’individualisme, j’envisage de me faire tatouer parce que je sais que je vis à une époque et au sein d’une société où je peux faire de ce projet une œuvre d’art personnelle et relativement détachée de toute dimension symbolique forte. Relativement parce que je sais bien que les images sont un message, que tout message porte une symbolique et que du regard aux petites synapses qui le décrypteront à leur manière toute personnelle et toute imprégnée d’informations culturelles, la connexion est toujours présente, bien que plus ou moins rapide.

Mais ce n’est qu’au pire un effet secondaire, une conséquence à gérer, peut-être quelques explications rapides à préparer, puisque nous n’avons plus si souvent le luxe de prendre le temps de vraiment expliquer.

Je veux quelque chose de beau et je veux quelque chose de vain. Je veux orner ce corps qui m’appartient et je ne veux même pas dire quoi que ce soit de spécial au monde. Je veux me dire quelque chose à moi-même, sur moi-même, dans tous les sens du terme. Je veux quelque chose qui me touche.

Je n’ai pas le talent pour être un pinceau, alors j’aimerais bien au moins être une toile.

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